La lettre d'Edouard Carmignac

La Lettre d'Edouard Carmignac

Tous les trimestres, Edouard Carmignac prend la plume pour commenter les enjeux économiques, politiques et sociaux du moment.

Paris, 7 avril 2026

Madame, Monsieur,

Dans ma dernière lettre, je vous faisais part de mon optimisme quant à nos perspectives d’investissement à long terme. Patatras ! La crise iranienne brouille soudainement l’horizon. Les cours du pétrole ont presque doublé. Le détroit d’Ormuz est en grande partie bloqué. Les risques d’escalade se précisent tant sur l’ensemble du Moyen-Orient que sur le freinage de l’économie mondiale.

Pourtant, malgré le narratif catastrophe colporté par les médias, les marchés actions et obligataires gardent leur sang-froid. Est-ce par complaisance ou cette crise est-elle aussi déstabilisante que l’on serait porté à le croire ?

Pour notre part, il nous semble impératif de continuer à faire preuve d’un optimisme mesuré, principalement pour les raisons suivantes :

  • Donald Trump se révèle au cours de son deuxième mandat comme un praticien de coïtus interruptus. Que ce soit en matière de droits de douane, de l’intervention au Vénézuéla et maintenant en Iran, il paraît éprouver de grandes difficultés à mener ses initiatives à leur terme. Doit-on pour autant le regretter ? Il se comporte en fait comme un homme d’affaires qui sent d’instinct jusqu’où il peut pousser son bluff. Le problème dans ce conflit iranien n’est-il pas que les fanatiques mollahs sont peu réceptifs aux annonces d’un joueur de poker ? Indiscutablement, cela complique la mise en place de négociations de sortie de crise. Mais, au bout du compte, la raison devrait prévaloir à une échéance pas trop éloignée tant le coût de la prolongation de ce conflit est élevé pour les parties en présence.

  • La principale menace à la bonne tenue des marchés n’est pas forcément la plus évoquée. Elle réside selon nous dans les risques que ferait peser sur l’activité globale la modification radicale des attentes en matière de taux directeurs par les banques centrales. Il y a à peine trois mois, trois baisses de taux étaient attendues de la FED cette année (contre zéro aujourd’hui) et une stabilité voire une légère décrue des taux directeurs de la BCE (contre trois hausses aujourd’hui). Cette volte-face des attentes est-elle pour autant légitime ? Certes la hausse sensible des prix des produits pétroliers et du gaz provoque une indiscutable relance des pressions inflationnistes qui pourrait être inquiétante si ce conflit se prolongeait avec des effets dits de « second tour ». Mais c’est oublier qu’une hausse doublée des prix de l’énergie susciterait inévitablement un ralentissement notable de la croissance par son double impact sur le pouvoir d’achat disponible des consommateurs et les marges des entreprises. Aussi est-il légitime d’espérer que les émules de M. Trichet seront mis au placard !

N’oublions jamais en tant qu’investisseurs, que le désordre ne détruit pas de la valeur à terme, mais la redistribue. Certains actifs deviennent plus risqués, d’autres deviennent incontournables. Il en est ainsi manifestement du renforcement des énergies vertes, de l’impératif pour l’Europe et de l’ensemble des Pays du Golfe de renforcer leur défense, cet impératif sécuritaire devant être élargi à l’ensemble des biens portant sur notre alimentation et nos bases industrielles. Voilà des thématiques porteuses qui inspireront la construction de nos portefeuilles dans les mois à venir et qui accompagneront le socle de nos valeurs de technologie participant à l’essor puissant et encore sous-estimé de l’intelligence augmentée.

Ainsi, nous veillerons en tant que gérants non pas à éviter le chaos, mais à nous efforcer d’identifier là où il crée de la valeur. Dans cette attente, je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de ma considération choisie.

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