L'impact économique du conflit au Moyen-Orient s'est manifesté de manière contrastée ces derniers mois au sein des marchés émergents — souvent à rebours des attentes des investisseurs.
Les répercussions économiques du conflit iranien, déclenché fin février, continuent de se faire ressentir. Chez Carmignac, nous pensons que les conséquences ont été particulièrement importantes au sein des marchés émergents, mais le tableau qui se dessine apparaît nettement plus complexe que le choc pétrolier classique auquel on aurait pu s'attendre.
Malgré les perturbations qui ont suivi la fermeture du détroit d'Ormuz, les marchés émergents continuent de surperformer les marchés développés en 20261. Cette résilience tient au fait que les pressions économiques ne se sont pas exercées là où la plupart des investisseurs les anticipaient.
Naomi Waistell, co-gérante du fonds Carmignac Emergents, explique : « Deux forces sont actuellement à l'œuvre sur les marchés émergents. Il y a le thème de l'intelligence artificielle (IA), qui agit comme un catalyseur et porte les marchés vers le haut. Et puis il y a le conflit au Moyen-Orient, qui agit comme un frein et tente de les faire reculer. »
Les mois de janvier et février ont été exceptionnels pour les marchés émergents, galvanisés par la dynamique de l'IA ayant entraîné une forte hausse des marchés coréens et taïwanais. Le déclenchement du conflit a changé la donne en mars mais, à l’échelle de cette région, l'impact économique n'a pas suivi le scénario traditionnel d'un choc pétrolier.
L'aspect le plus surprenant de l'impact économique du conflit concerne les pays du Golfe eux-mêmes.
Le détroit d'Ormuz assure environ 20 % de l'approvisionnement mondial en pétrole et en gaz naturel liquéfié2. Il constitue également la principale voie d’exportation des pays producteurs de ces hydrocarbures. Lorsque l'Iran a fermé le détroit début mars, l'Arabie saoudite, le Koweït, les Émirats arabes unis et l'Irak ont perdu leur principale voie d’accès aux marchés. La production cumulée des pays du Golfe a reculé d'au moins 10 millions de barils par jour. Or, la hausse des prix du pétrole offre peu d'avantages lorsque les infrastructures nécessaires à son exportation sont inaccessibles ou endommagées.
Xavier Hovasse, Responsable de l’équipe actions émergentes et co-gérant du fonds Carmignac Emergents, ajoute : « Le détroit d’Ormuz ne voit pas seulement transiter du pétrole et du gaz. Entre 4 % et 5 % de l'ensemble des biens échangés dans le monde transitent par cette voie, notamment l'hélium, l'aluminium et de nombreuses autres matières premières2. C'est un choc sans précédent. Lors des crises pétrolières précédentes, seul le pétrole était concerné. Cette fois, le phénomène est beaucoup plus large et nous pensons que les marchés mettront plus de temps à en tenir pleinement compte. »
Les économies émergentes les plus directement exposées au conflit sont les importateurs nets de pétrole et de matières premières : l'Inde, certaines régions d'Asie du Sud-Est et la Turquie. Dans certains cas, les effets se font déjà sentir sur le terrain, à l’image de plusieurs restaurants en Inde qui ont dû fermer temporairement, faute de pouvoir s’approvisionner suffisamment en gaz de cuisson.
L'effet indirect le plus déterminant pourrait toutefois concerner les taux d'intérêt. Les marchés émergents ont entamé l'année 2026 dans un contexte où les banques centrales étaient fermement engagées dans un cycle d'assouplissement monétaire. La baisse des coûts d'emprunt constituait l'un des principaux arguments en faveur de l'investissement sur les marchés émergents : un crédit moins coûteux soutient l'investissement des entreprises, améliore les perspectives de bénéfices et favorise la progression des multiples de valorisation.
Le conflit menace de remettre en cause cette dynamique. En quelques semaines, les marchés sont rapidement passés d’un scénario de baisses de taux à celui de hausses de taux, privant ainsi les marchés émergents d’un soutien essentiel. Si nous estimons que cette réévaluation rapide est excessive, les décisions de baisses de taux pourraient néanmoins être reportées et, dans certains pays, nous pourrions assister à des hausses ponctuelles visant à contenir les pressions inflationnistes.
Les segments de l'univers émergent qui font actuellement preuve de résilience sont les exportateurs de matières premières et d'énergie qui ne sont pas exposés au détroit d'Ormuz, au premier rang desquels figure l’Amérique latine.
Le Brésil et le Mexique présentent une forte corrélation avec les prix de l’énergie et des matières premières, à travers leurs devises comme leurs marchés d’actions. Contrairement aux producteurs du Golfe, ils ne sont exposés à aucun risque de point de passage stratégique, et leurs exportations peuvent accéder aux marchés mondiaux sans entrave.
Ce positionnement n’allait pourtant pas de soi. Lors des précédents chocs sur les matières premières, notamment durant l’épisode Russie-Ukraine, les exportateurs du Moyen-Orient et de Russie avaient été les premiers bénéficiaires.
Naomi Waistell explique : « Lors de la crise russo-ukrainienne, les États du Golfe avaient bien résisté. Cette fois, ce n’est pas le cas. Au sein de notre allocation, nous avons privilégié le segment refuge des exportateurs de matières premières, en nous exposant à l’Amérique latine tout en restant à l’écart du Moyen-Orient. » L'autre tendance majeure qui a émergé des tensions au Moyen-Orient est l’accélération des investissements dans les énergies renouvelables. Axia Energia constitue une opportunité d’investissement directement exposée à cette dynamique.
Axia Energia, anciennement Eletrobras, est le plus grand producteur d’énergies renouvelables au Brésil et en Amérique latine. La société tire environ la moitié de son chiffre d’affaires de la production d’électricité, principalement hydraulique, mais aussi solaire et éolienne, et l’autre moitié des infrastructures de transport d’électricité. Elle figure parmi les principales positions du Fonds.
« La thèse d’investissement est très solide. La titre a réalisé une bonne performance, et c'est exactement le genre d'entreprise que nous apprécions », affirme Xavier Hovasse.
Pour la suite, le scénario favorable serait celui d’une désescalade progressive et d’un regain d’optimisme à l’égard des marchés émergents, dans le prolongement de la dynamique observée au début de l’année 2026.
« Avec le cessez-le-feu et les discussions en cours, nous pensons qu’une phase de désescalade progressive pourrait s’amorcer », déclare Xavier Hovasse.
« La thèse structurelle en faveur des marchés émergents reste intacte. Les banques centrales des pays émergents bénéficient d’une forte crédibilité et, une fois cette crise passée, elles devraient continuer de baisser leurs taux d’intérêt, ce qui serait favorable aux entreprises locales. »
Pour l’instant, le choc reste maîtrisable pour une grande partie des actions émergentes. L’amélioration sous-jacente des fondamentaux des marchés émergents, de leur balance courante, de la discipline monétaire et de la croissance des bénéfices n’a pas été remise en cause.
Le conflit a en revanche accentué la dispersion au sein du marché et renforcé l’importance de la sélectivité. L’univers des marchés émergents est suffisamment vaste et diversifié pour permettre de gérer finement les expositions entre les économies les plus résilientes et les plus vulnérables, tout en conservant la flexibilité nécessaire pour rééquilibrer les portefeuilles à mesure que les conditions évoluent.
Une évolution pourrait toutefois s’inscrire dans la durée, au-delà même du conflit. « Après des années passées à privilégier les actifs incorporels et les modèles d’entreprise à faible intensité capitalistique, nous assistons à un retour en force des actifs corporels », précise Naomi Waistell.
« Tout ce qui touche aux matières premières, à l'énergie et aux infrastructures redevient essentiel. Et sur ce terrain, les marchés émergents disposent d'un avantage considérable. »
Le conflit au Moyen-Orient n'a pas affecté l'ensemble des pays émergents de manière uniforme. Chez Carmignac, nous sommes en mesure d’identifier précisément où les pressions économiques se concentrent, mais aussi celles où la résilience s’affirme.
1Source : Bloomberg, MSCI mai 2026.
2Source : Agence internationale de l'énergie, février 2026.
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