Les tensions au Moyen-Orient ont brutalement ravivé les inquiétudes sur les marchés financiers. Deux questions concentrent désormais l’attention des investisseurs : jusqu’où l’Iran est-il prêt à aller, et surtout combien de temps le rapport de force opposant Etats-Unis, Israel et Iran peut-il durer ?
Les bombardements américains et israéliens, et la réponse iranienne sur l’ensemble de la région ainsi que les craintes de voir le détroit d’Ormuz, essentiel pour l’acheminement d’une large part de la consommation mondiale de pétrole et de gaz ont semé un vent de panique sur les marchés financiers. En réaction, les prix de l’énergie se sont envolés : +40% pour le pétrole, et +50% pour le gaz1. Il faut dire que les volumes en jeu sont considérables : près de 20% du pétrole mondial et 20% des flux de gaz naturel liquéfié transitent par ce passage maritime2. Les annonces d’une hausse de production par l’OPEP+ et de déblocage des réserves stratégiques devraient aider ponctuellement mais elles ne suffiront pas à apaiser les tensions sur les prix de façon durable.
En cas de blocage prolongé, il nous semble que l’Asie serait la première touchée (Chine, Inde, Japon, Corée du Sud), avant une propagation vers l’Europe via les prix du gaz. Aux États-Unis, une hausse durable des prix à la pompe pourrait peser sur l’inflation et donc sur le contexte politique à l’approche des élections de mi mandat.
Ainsi, le scénario d’une perturbation durable paraît difficile à soutenir, mais l’arbre des possibles est particulièrement grand et il n’a pas fini de pousser. La question centrale reste la capacité de l’Iran à maintenir une menace crédible sur le détroit. Mais pour autant, il ne s’agit pas d’un bouton ON/OFF, la reprise de la production prendra du temps. Les prix à la pompe pourraient rester durablement élevé.
Selon nous, les marchés ont adopté une posture prudente1 :
Cette réaction correspond à ce qu’on observe habituellement lors d’une crise géopolitique régionale.
Ce qui surprend davantage, c’est l’absence de panique. Les investisseurs anticipent qu’une flambée durable des prix du pétrole serait difficilement acceptable pour les États Unis. Cela alimente l’idée d’un conflit court et contenu. Selon nous, cette baisse pourrait même représenter un moment intéressant pour revenir progressivement sur certains marchés – les marchés émergents notamment en Amérique Latine qui pourraient in fine profiter de prix de matières premières élevés.
Sur le marché obligataire, les taux montent malgré la nervosité ambiante. Avec un pétrole à +40% et un gaz à +50%, les marchés revoient leurs attentes d’inflation à la hausse, ce qui poussent les taux plus hauts1. Si le scénario dominant était celui d’une escalade incontrôlée ou d’un conflit qui dure, les taux reculeraient nettement dans un mouvement de fuite vers la qualité. Pour l’instant, la hausse des rendements reflète avant tout les tensions sur les prix de l’énergie, pas un stress systémique ni de crainte sur la croissance.
À ce stade, il reste trop tôt pour dégager une trajectoire de marché claire. La quasi-totalité des actifs bougent avec les prix du pétrole.
A cela s’ajoute le recul de Donald Trump et des Républicains dans les sondages à l’approche des élections de mi‑mandat, le scénario d’une présidence affaiblie prend de l’ampleur, avec des répercussions potentiellement négatives sur la croissance américaine.
Dans l’immédiat, prudence et humilité s’imposent. Les développements des prochaines semaines pourraient modifier rapidement la nature du conflit et, avec lui, la trajectoire des marchés. Nous gérons activement cet épisode, nos portefeuilles étaient relativement bien préparés pour faire face à ce choc d’offre, nous ajustons nos positions en cas d’évolution de la situation vers un choc de demande.
1Source : Bloomberg, 11 mars 2026.
2Source : Carmignac, 2026.